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Jeudi 14 Septembre 2006

Et l'on peut se demander si ces jeunes qui voyaient dans l'oeuvre d'art un moment d'extase, un happening, qu'on provoque et qu'on détruit au besoin une fois passé l'émoi, n'étaient pas, somme toute, plus proches des conceptions pré-classiques - à cela prés toutefois qu'ils confondaient le présent avec l'instant. Durant toute la periode médiévale en effet, l'art n'est pas coupé de ses origines. Nous voulons dire qu'il exprime le Sacré. Et cette liaison entre l'art et le sacré tient aux fibres mêmes de l'homme dans toutes les civilisations ; les spécialistes de la pré-histoire nous confirment le fait, et cela dés l'apparition de l'art des cavernes. Toutes les races, sous tous les climats, ont tour a tour attesté cette intime communion, cette tendance inherente à l'homme qui le porte à exprimer le Sacré, le Transcendant, dans ce langage second qu'est l'Art sous toutes ses formes. Ainsi chaque génération a-t-.elle eu, a travers les temps et l'espace, son visage propre, et les facilités actuelles de déplacement et de reproduction nous permettent de retrouver ce visage. Or il est très significatif de constater que la faille, la chute de l'activité artistique correspond au moment ou apparait, au XlXe siècle, une conception mercantiliste de l' « objet d'art ». Et il est non moins révélateur que soit né, à la même époque, l' « objet de piété », pitoyable décalque du Sacré a l'usage du boutiquier. Aujourd'hui encore il est saisissant de voir à quel point l'impuissance artistique est liée à l'absence du Sacré. Certains pays, certaines sectes, certaines églises aussi, certains edifices religieux même, affichent leur éloignement du Sacré sous toutes ses formes par leur cruelle indigence artistique. Et cela n'est aucunement lié, comme on pouvait encore le croire au siècle dernier, à la richesse ou à la pauvreté. Car il y a une pauvreté vraie qui souvent est magnifique : celle de la peinture des catacombes, celle de tant de nos églises de campagne. A l'inverse, la beauté originelle de bien des edifices aura été anéantie aujourd'hui par des pretres zélés, animés d'un louable désir de pauvreté, mais qui confondaient ce qui est pauvre avec ce qui n'est que sordide.

Jeudi 14 Septembre 2006

Quelques motifs, toujours les mêmes, qu'au demeurant on retrouve dans d'autres civilisations, semblent avoir constitué comme l'alphabet plastique d'un temps où l'on ne s'est aucune­ment soucié de re-présenter la nature, l'homme, la vie quoti­dienne en tant que tels, mais où le plus humble trait, la plus modeste touche de couleur signifiaient une réalité autre, animaient une surface utile en lui communiquant quelque reflet de la beauté de l'univers visible ou invisible, Ces motifs parcourent toute la création romane, indéfiniment renouvelés, parfois semblables à eux-mêmes comme ces chevrons ou « rubans plissés» qui sou­lignent inlassablement les arcades, parfois aussi développés jusqu'à donner naissance à d'aberrantes végétations, à des êtres monstrueux. Les seules re-présentations qui retiennent l'atten­tion du peintre ou du sculpteur sont celles de la Bible, elle-même le plus vaste répertoire d'images qui ait été fourni à l'homme, avec l'univers visible (l'une et l'autre, l'Écriture sainte et la Créa­tion, étant alors considérées comme « les deux vêtements de la Divinité »).

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